viernes, 2 de septiembre de 2016

Avec au cœur la paix en Colombie

Por Cathy Ceïbe

Pour le responsable communiste, « C’est sur le terrain que doit se matérialiser la paix ».


L’accord historique entre les Farc et le pouvoir conforte les luttes de Jaime Caycedo, secrétaire général du PC colombien, à la Fête comme chez lui.



Il est du « parti de la vie » ; il est du « parti de l’espérance ». En toute ­circonstance, Jaime Caycedo et les siens du Parti communiste colombien (PCC) font entendre ce slogan. Au nom de la paix, ils n’ont jamais plié face à l’hostilité politique et à la tristesse de devoir enterrer des compagnons victimes des ­paramilitaires, du terrorisme d’État. Cet étendard, Jaime Caycedo le porte jusqu’aux moindres recoins de sa nation, scindée par les trois cordillères des Andes. Des cimes vertigineuses à la moiteur de la côté caribéenne, il s’affiche aux côtés des humbles et des résistants face aux terribles exactions du conflit qui défigure son pays. Jaime ­Caycedo a toujours résisté. Depuis les années 1970, où, étudiant à l’Université nationale de Colombie, il s’engage à la Jeunesse communiste (Juco) et en devient le secrétaire général, il n’a cessé de dénoncer les inégalités sociales et la répression conservatrice à l’origine de la guerre, qui a fait en un demi-siècle plus de 200 000 morts et 6 millions de déplacés. Plus tard, en 1994, alors qu’il enseigne l’anthropologie, il prend la tête du PCC à la suite de l’assassinat de Manuel Cepeda par des agents de l’État. Pour Jaime Caycedo, la sortie du conflit qui oppose les guérillas aux exécutifs passe par une « solution politique négociée », garante de « la justice sociale ». Mais, « la Colombie occupe une place géostratégique, aux ressources naturelles considérables. Le plan Colombie a officialisé l’entrée des États-Unis dans le conflit colombien comme une superstructure censée diriger, conditionner et orienter l’intervention militaire », fustige-t-il dans nos colonnes en 2008.


Menacé de mort, ses ennemisn’ont jamais eu gain de cause

Il arpente la Septième Avenue de Bogota, où les cris de contestations politico-­sociales se succèdent. Tantôt coiffé d’un béret ou d’un chapeau, arborant une écharpe rouge et un drapeau de la même couleur, ou revêtu de la ruana, le traditionnel poncho de laine, il est de toutes les clameurs en faveur de la paix, bien sûr, mais également aux côtés des syndicalistes, qui figurent parmi les plus menacés aux monde. On le retrouve encore auprès des paysans déplacés de force et des salariés exploités par les multinationales. Le public de la Fête de l’Humanité a déjà croisé Jaime Caycedo dans les allées ou encore au stand de Voz, l’hebdomadaire du PCC. Il est à La Courneuve avec les siens. Pas seulement parce qu’il parle un excellent français. Mais parce que son action en faveur d’une Colombie débarrassée de la guerre fait écho à la pensée du fondateur de notre quotidien, qui paya de sa vie sa posture pacifiste. Jaime Caycedo a lui aussi failli connaître le même destin, en 1985, lorsqu’il fut victime d’un attentat aux lourdes ­séquelles. Les menaces de mort et les tentatives de meurtre se sont depuis répétées. Ses ennemis n’ont jamais eu gain de cause. Chaque espace offert à Jaime Caycedo est une tribune d’intelligence où il décrypte, avec pédagogie, les racines de la sale guerre qui n’a que trop duré. « Si l’on reconnaît qu’il y a des causes structurelles à l’injustice et aux inégalités sociales, et qu’elles peuvent se résoudre avec des réformes sociales, une démocratisation de l’économie et plus généralement une modification de l’actuelle structure de domination, alors je suis convaincu que les organisations armées se reconvertiront en organisations sociales. Mais l’oligarchie et plus généralement les grands propriétaires terriens s’y refusent en raison des objectifs des monopoles étrangers sur le territoire et ses richesses naturelles, dont la majorité sont états-uniens », nous expliquait-t-il déjà en 2006. Son intervention à la Fête de l’Humanité aura, cette année, une autre tonalité.


« Tout cela a demandé tellement d’efforts »


Après deux années de pourparlers secrets et quatre autres d’officiels, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), la plus importante guérilla, et les représentants du gouvernement de Juan Manuel Santos ont signé, le 24 août, à La Havane, des préaccords de paix, soulevant ainsi l’enthousiasme de millions de Colombiens. « Je suis convaincu qu’il est enfin possible d’avancer vers la paix. Tout cela a demandé tellement d’efforts. Je suis content. Je suis très heureux », exulte Jaime Caycedo. Le responsable sait que ceux qui ont fait de la guerre leur négoce au prix de massacres de masse et de tortures ne désarmeront pas. L’expérience de reconversion politique de guérilleros au sein du mouvement de gauche de l’Union patriotique s’était soldée, dans les années 1980, par plus de 3 000 morts d’élus et de militants. « Le plus dur reste à venir car c’est sur le terrain que doit se matérialiser la paix », assure le communiste. Fort de ses espérances et de ses convictions, Jaime Caycedo a toujours estimé qu’« il faut oser ». « En dépit des dangers et des pièges, nous n’avons pas d’autre choix que d’aller de l’avant. »


Cathy Ceïbe



Humanite.fr

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